Sur la route de la Chine au Niger...

Publié le par Marinchen

Depuis mon arrivée j’ai écrit de jolis articles sur le temps, sur les taxis, sur les fêtes mais vous devez vous demandez ce que je fabrique au Niger tout ce temps. Demain ça fera deux mois que j’ai sorti ma tête de l’avion, dans la chaleur de la nuit nigérienne pour me lancer dans ce projet de recherche. Il est temps d’en raconter un peu plus.

Ce stage est un peu particulier car il ne s’inscrit pas exactement dans la lignée d’un master professionnel comme celui que j’ai fait à Paris. La plupart des étudiants sont partis en ONG, en institutions, en agences pour faire un stage pratique puis rendre un mémoire de stage à l’issue de cette expérience professionnelle. Au sein de la promotion nous sommes quelque uns à avoir choisi un stage orienté recherche. Nous sommes deux à travailler sur la présence chinoise en Afrique (Cap Vert et Niger). Cela signifie que notre stage est aussi notre mémoire.

Le stage est encadré à Paris par le GEMDEV, groupement d’intérêt scientifique qui travaille sur les problématiques de développement et touchant à la mondialisation. A Niamey je suis accueillie par le LASDEL centre de recherches en sciences sociales crée entre autres par JP Olivier De Sardan anthropologue français reconnu. C’est une chance de travailler avec des chercheurs compétents, de différents pays d’Afrique de l’Ouest et d’être dans un environnement de travail sympa. Sur place on trouve un centre de documentation, des bureaux, une connexion internet qui fonctionne d’enfer, une bibliothèque, des gens sympathiques et toujours de bons conseils, de bonnes adresses, des discussions qui font avancer.

Mon sujet. La perception de la présence chinoise au Niger. Vaste sujet me direz-vous…après une phase d’exploration chaotique (comme toute phase d’exploration d’un sujet se doit de l’être !), j’ai décidé de me concentrer sur l’aspect plus institutionnel et étatique de la coopération sino-nigérienne en me penchant avant tout sur la Chine comme bailleur de fond émergent au Niger, autant en terme d’aide publique au développement qu’en terme d’exploitation des matières premières. Cela signifiait laisser de côté l’étude de la diaspora chinoise et commerçante ici mais ce choix a été motivé par sa très très faible existence.

J’ai commencé dès début Juin à rencontrer un certain nombre d’acteurs de la vie politique (leaders de partis politiques), de la société civile, de la fonction publique, du monde des entreprises. Je passe beaucoup de temps à courir après les gens, à arpenter les couloirs des ministères et à attendre dans des bureaux climatisés mais jusqu’à maintenant je suis toujours arrivée à mes fins. C’est incroyable comme les gens sont ouverts et se tiennent disponibles pour ce genre de demande. J’ai pu passer des heures d’entretien avec différents directeurs haut placés au sein du Ministère des Finances, j’ai eu la chance d’établir une bonne relation avec le responsable du service Asie au Ministère des Affaires Etrangères, j’ai pu rencontrer d’anciens Ministres,  rentrer dans les ambassades et les agences d’aide internationales. Comme je l’ai écrit dans un article précédent l’heure semble être à la transparence et les personnes sont plus disposées à engager le dialogue. J’imagine que si j’étais arrivée 6 mois plus tôt, la moitié de mes entretiens n’aurait pas vu le jour. Il me reste encore de nombreuses personnes à rencontrer, notamment du côté chinois mais j’ai encore un peu de temps pour renforcer mes stratégies de lobbying. En tous cas ça peut-être très fatiguant de courir après les rendez-vous mais c’est tellement réjouissant de voir son travail avancer, de découvrir des aspects nouveaux du sujet…

La Chine et le Niger ont des relations diplomatiques depuis 1974, date du Coup d’Etat du Général Seyni Kountche qui renversa le président Diori, au pouvoir depuis l’indépendance du pays. Le grand stade de Niamey (d’ailleurs nommé Seyni Kountche) a emblématique des premières heures de cette nouvelle relation. Tout le monde l’associe directement aux Chinois. En 1992 le gouvernement de transition du Niger face à d’importants problèmes de trésorerie interne décida d’accepter une proposition alléchante de Taïwan en contrepartie du rétablissement de leurs relations diplomatiques : la fameuse diplomatie du chéquier. Bien sûr la Chine claque la porte et ne reviendra qu’en 1996 quand le Niger changera à nouveau de régime. Mais c’est vraiment depuis quelques années seulement, trois ou quatre ans au plus que la Chine a réellement fait son entrée ici. Uranium, pétrole, construction de pont, de route…on la voit, on en parle mais on ne sait pas grand-chose d’elle à vrai dire. 

La Chine a décroché un contrat important pour l’exploitation d’une mine d’uranium, nommée Azelik qui se trouve au Sud d’Agadez. Elle devient donc un concurrent direct à Areva, l’entreprise française présente au Niger depuis des dizaines d’années et exerçant jusqu’à peu un quasi monopole sur l’uranium nigérien (pour le plus grand bonheur de nos ampoules françaises….). Les Chinois ont aussi « offert » un pont à l’Etat du Niger (on peut débattre sur le terme offrir dans la mesure où c’est un don mais où la plupart voient une contrepartie claire à l’octroi du bloc pétrolier d’Agadem), sur la demande de l’ancien président Tandja. C’est un ouvrage impressionnant tant par sa taille que par la vitesse avec laquelle il est réalisé. Il faut ajouter qu’un pont qui traverse le fleuve et relie les deux parties de la capitale du pays est très visible et apprécié de la majorité des Niaméens. Mais la percée chinoise est incontestablement la plus remarquable dans le secteur pétrolier. En 2008 a été signé un important contrat concernant la prospection et l’exploitation du pétrole dans l’Est du Niger, le bloc d’Agadem. Il contient aussi la construction d’une pipe-line reliant le site d’exploitation du pétrole à la raffinerie qui est en train d’être construite à Zinder, pas moins de 400 km plus loin. C’est justement l’élément décisif du contrat : la construction d’une raffinerie de pétrole. Les compagnies pétrolières qui s’étaient penchées sur la question ont, semble-t-il toujours été réticentes à cette idée, le projet n’étant pas rentable.

Ainsi la Chine est sans aucun doute devenue un acteur stratégique au Niger. Elle contribue à redistribuer les cartes du jeu géopolitique dans un monde de plus en plus multipolaire. Les acteurs politiques et les fonctionnaires avec qui je me suis entretenue ont bien entendu une vision différente de l’émergence de la Chine selon leur poste, leur parcours, leur sensibilité politique. Cependant un point qui ressort régulièrement est le fait que son arrivée à élargi la marge de manœuvre de l’Etat nigérien dans sa capacité de négociation avec l’extérieur. De nouvelles possibilités de financement s’ouvrent à un pays qui est encore aujourd’hui à la dernière place du classement des Nations Unies en termes d’IDH (indicateur de développement humain) et cela représente beaucoup.

Il y a beaucoup beaucoup plus à dire sur la présence chinoise au Niger, sur les points de vue différents des acteurs nigériens, sur les chinois vivant ici, sur les perspectives de retombées économiques tirées de l’exploitation du pétrole, sur le repositionnement forcé d’entreprises étrangères, au premier rang desquelles Areva… un mémoire de Master 2 semble bien peu pour raconter tout cela, mais c’est l’ambition !

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toudjani ibrahim boubacar 08/09/2012 13:21

salut!je m'appel toudjani boubacar, ja suis nigerien et je travail moi aussi sur la presence chinoise au Niger. votre projet de recherche est trés pertinent.j'aimerai lire votre article, qui sera
d'une grande utilité pour mon travail.

Clément 14/07/2010 09:46


Hello!

Merci pour ces mots sur le fond de ton travail, ca fait envie et ca a l'air passionant en tout cas tu as l'air passionée...
Je crois que c'est la première fois de ma vie que je lis vraiment un blog en intégralité et je trouve ca très chouette... On en redemande... !
bisous


lea 06/07/2010 22:27


salut ma belle!
comme c'est chouette de pouvoir te lire et suivre tes aventures nigériennes.
je pense bien à toi et t'embrasse fort,
Lea