Zinder - A la découverte d’un autre visage du Niger…

Publié le par Marinchen

Depuis deux mois à Niamey, j’entends les Nigériens m’assurer que leur capitale ne reflète pas du tout leur pays. La capitale semble être un mélange un peu chaotique de gens et de styles venant de tous les horizons. Clélie mon amie ayant pris son avion dans le sens retour, plus grand-chose ne me retient au bureau à Niamey et je décide de partir direction l’Est du pays en compagnie de mon colloc Salim pour découvrir la ville de Zinder et ses environs. Cette virée d’une semaine a deux objectifs : tout d’abord sortir du quotidien de Niamey et découvrir justement un autre visage de ce beau pays. Ensuite prendre la température de la perception chinoise ici même où est en train d’être construite une raffinerie de pétrole, évènement pour le Niger.

routeNiamey départ à 5h00 du matin avec pour perspective 12 ou 13 heures de bus. Je suis assez agréablement surprise par l’état des routes, le bus file et j’avoue que faire 900 kilomètres en 12 heures en Afrique, c’est une belle performance ! Je profite du voyage pour m’imprégner des paysages qui défilent sous mes yeux. Parfois verdoyantes, parfois asséchées les terres nigériennes semblent hésiter. La saison des pluies a commencé et les paysans s’activent dans leurs champs, retournant des kilomètres de terre à la simple force de leurs bras. Quelques images restent : celle d’un paysage graniteux où l’eau a recouvert le sol mais n’a pas été absorbée. Quelques grands arbres secs sortent de l’eau et cela donne une allure mystérieuse au tableau. Impossible de fixer cela avec l’appareil photo, le bus filant à toute vitesse.

 

Nous arrivons à Zinder, la capitale du Damagaram, l’ancienne capitale du Niger avant que mes chers compatriotes du début du 20ème siècle ne décident d’installer le siège du pays à Niamey. Cela me renvoie à l’histoire du Rwanda où les colons allemands avaient quitté le royaume de Butare pour venir s’installer au centre du pays, l’actuelle ville de Kigali qui n’était alors qu’un vulgaire village. La colonisation a bouleversé les équilibres régionaux, sociaux, économiques qui existaient à l’époque balayant d’un revers de main des siècles d’Histoire africaine. Les déplacements de capitale ont font largement partie : on considérait le manque d’eau à Zinder comme un obstacle à l’accroissement futur de la ville. Plus stratégiquement sa proximité avec l’actuel Nigéria pouvait poser une menace aux Français.

vue zinder

 

Zinder se trouve à la sortie du monde haoussa et à l’entrée de l’Est du pays. zinder villeDans mon guide est écrit « Zinder est le cœur du continent africain. La ville est un incontournable : c’est une région au carrefour des cultures. » Chouette ! En plus de traquer les chinois je vais aussi jouer la touriste. Il semble que le sultanat de Zinder fut particulièrement puissant entre le XIème et XVIIIème siècle. S’enchainèrent les histoires de dynastie, de conquêtes, de familles. Il parait que Barth qui visita Zinder en 1852 décrivit dans ses articles l’importance commerciale de la ville avec ses plantations de tabacs, ses teintureries etc. Moins de 50 ans plus tard, le Sultan de l’époque, Amadou tenta de résister à l’arrivée de la colonne Voulet-Chanoine, les colons français en leur livrant bataille mais ces derniers gagnèrent et entrèrent dans Zinder en 1899. Un prochain article racontera plus en détail la visite du magnifique patrimoine architectural de la ville, photos à l’appui !

 

 

A l’arrivée à la gare routière, Maazou un ami journaliste d’Alternative (la radio/association dans laquelle travaillent les collocs) vient nous récupérer. Ici les déplacements se font en Kabou-Kabou (motos taxis). Nous sommes donc logés pendant toute la semaine chez Maazou et Agali (l’expert en communication de la radio) qui nous accueillent avec une générosité incroyable. La maison est modeste, pas d’électricité depuis plusieurs jours, quelques matelas posés au sol, les toilettes à l’extérieur. Salim dit que c’est une maison communiste : la journée ils laissent les femmes et enfants du quartier qui ne sont pas reliés à une arrivée d’eau se servir chez eux, le soir tout le monde sort son matelas dans la cour et dort dehors. Ils s’occupent de nous avec merveille : rencontres avec les personnes que je souhaite voir pour mon travail, ballades en moto dans Zinder, pauses déjeuner/dîner à droite, à gauche.

groupe

Les gens sont vraiment très accueillants ici. Lorsque l’étranger essaye de parler un peu haoussa, il est déjà accepté ! Alors vite vite je révise mes bases, ina kwana, laya laou, sanu ! Parfois des gens qui voient marcher sur le bord de la route s’arrêtent et me transportent en moto où je veux aller par pure gentillesse. Je demande aux Zinderois dont les maisons ont de magnifiques façades si je peux prendre une photo et je me retrouve invitée à visiter chaque pièce de la maison. On m’invite à participer à la fadda d’un groupe d’amis au soleil couchant, pour déguster le thé. Vraiment je n’arrête pas de me dire à quel point l’accueil est une valeur qui a du sens ici et comme chez nous, bien souvent on rechigne à héberger un ami d’ami ne serait-ce qu’une nuit car il va un peu remettre en cause notre train-train quotidien. Ca sonne peut-être un peu cliché sur l’Afrique mais c’est une réalité ici en tous cas et j’essayerai d’y penser plus à Paris.

maison zinder

Une autre de mes chances a été de rencontrer quelques semaines auparavant à Niamey un Zinderois sympathique qui m’avait à l’époque parlé des conditions de travail des chauffeurs au chantier de la raffinerie de Zinder. Nous avions gardé contact et la dernière fois que je l’avais vu à la capitale, il m’avait annoncé qu’il avait été licencié récemment et qu’il pensait que cela était clairement lié à son intervention à la radio dénonçant les conditions de travail sur le site. Je lui avais promis de venir sur le terrain pour mes recherches. Chose faite, arrivée à Niamey, il me prit sous son aile, se débrouilla pour trouver un véhicule et me demanda de n’y ajouter que le carburant nécessaire. Il m’accompagna aussi chez le Secrétaire général du Gouvernorat pour tenter de recevoir une autorisation, me présenta différentes personnes ayant travaillé sur le chantier etc. Grâce à lui j’ai pu aller jusqu’à devant le site de la raffinerie et comprendre de nombreuses choses sur les mécanismes à l’œuvre sur le chantier, sur l’avancement des travaux. Encore une preuve de l’ouverture des personnes ici qui se mettront en quatre pour t’aider dans tes recherches, même si le mémoire d’une petite étudiante parisienne ne va pas aider à faire aboutir leurs revendications sociales et économiques. La raffinerie vaudra bien un prochain article.

En tous cas cette excursion, même si elle n’est pas de tout repos (les nuits dehors sont accompagnées des moustiques, des criquets bruyants et sont entrecoupées des prières matinales lancées par l’imam d’en face) est très enrichissante, tant sur le point de la recherche que sur celle de la découverte du pays.

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Lamine 11/08/2010 18:49


Salut Marie,chapeau pour tes introspections sur l'expansion de l'empire du milieu sous ses multiples facettes.Mais dis,ne penserais-tu pas à la fin de tes recherches à éditer un livre-image(les
tofs sont superbes)?D'avance,réserves-moi le poste d'impresario danston staff.