Le tourbillon Ouaga

Publié le par Marinchen

Voyage voyage!

Je boucle mon sac de backpacker, je prépare mes sandwichs en vitesse, je contrôle que mes visas sont tous là et c'est parti: je gagne à 4h30 du matin la gare routière d'une compagnie malienne qui effectue tous les jours, des trajets entre Niamey et Bamako via Ouagadougou.

 

Le bus est spacieux par rapport à ce que j'ai connu en Afrique, il y a de la musique malienne en fond style Salif Kaïta link. Une dame nigérienne d'un certain âge me prend "sous sa protection" et nous quittons Niamey en pleine nuit, bien installées dans nos sièges. Je sens l'excitation du voyage monter en moi alors que nous traversons le fleuve Niger plein à ras bord (la récente crue du fleuve a causé récemment d'importantes innondations et dégâts aux abords de son lit dans la capitale). Au fur et à mesure que le jour se lève, les paysages changent. Plus d'eau, plus de verdure, le mil est plus haut: nous traçons plein Sud-Ouest direction le Burkina Faso. Dans le bus il y a un mélange de Burkinabés et de Nigériens. Je mange mon petit-déjeuner avec la plus grande discretion, en plein Carême il s'agit de ne pas tenter les voisins.

 

Le passage à la frontière est une vraie course d'obstacles: on descend à la frontière nigérienne, contrôle des papiers, puis 10 mk plus tard, frontière burkinabé, contrôle des visas, des cartes CEDEAO. Puis douanes, on descend les bagages et  on les ouvre pour contrôler les marchandises transportées. Enfin dernière étape, nous attendons près d'une heure trente sur un parking que tous les bus de Niamey soient arrivés à la frontière. A 9h coup de sifflet, les militaires sont là et nous partons pour rejoindre Fada, première grande ville après la frontière. C'est une escorte militaire qui accompagne les bus, l'endroit étant réputé non sûr à cause des coupeurs de route qui savent que les commerçants voyagent en bus collectifs et sont bien riches en général. 

 

Nous arrivons à Ouaga vers 13h, la pluie n'a cessé de tomber depuis des heures et les rues sont littéralement pleines de boue et d'eau. J'ai même un peu froid et je ne cesse de m'émerveiller devant tant d'eau, tant de fraîcheur, tant de vert et même tant de gens en kaway ! Le kaway, chose dont j'avais bizarrement oublié l'existence :) Louis un ami de longue date de mes frères vient me chercher en taxi vert pelouse (à Ouaga c'est la couleur officielle des taxis!) et nous nous rendons dans sa belle-famille qui m'invite à partager leur repas. Tout le monde a une forme d'enfer, les blagues fusent de tous côtés! Après le repas je traverse la ville dans l'autre sens pour me rendre dans la famille burkinabée de ma colloc de Niamey, Elodie. Les parents Maï et Alexis sont très accueillants et je fais connaissance avec la nièce, la belle-fille, le fils, le petit-fils Matéo qui à 1 an et demi ne tient pas en place et adore boire un peu de bière! 

Quel plaisir de voir des gens me proposer de la bière à toute heure, de voir des magazins vendre du saucisson, des gens manger en pleine rue, de manger des avocats excellents. La ville bouge et tourne, je n'en reviens pas après 3 mois et demi à Niamey. Maquis partout, musique qui sort des petites boutiques, épaules dénudées. Youpi!

 

J'apprends que je devrai payer près de 150 euros de visa pour retransiter, en bus, par Ouaga au retour. Je suis dépitée, c'est la moitié du budget que j'avais prévu pour les vacances. La seule solution d'y échapper est de passer par la frontière Mali/Niger mais avec le risque de finir comme le touriste français. Les méchants barbus font régner la terreur. Donc tant pis je m'inclinerai devant la bureaucratie burkinabée. Les péripéties de Maï la maman de la famille, pour obtenir un visa pour la France me font relativiser ma mésaventure. Elle part vendredi soir pour rejoindre à l'occasion des vacances sa fille qui réside à Paris et des amis de longue date dans toute la France. Elle vient en France depuis des années sans problème. Mais cette année, psychoses et angoisses dans les ambassades, on serre les verrous. On lui a demandé des papiers jamais demandés auparavant, on l'a fait revenir plusieurs fois pour au final lui dire qu'on lui donnerait (ou pas) vendredi 17h alors l'appel pour son vol est à 20h. Entre temps si elle veut partir il faut qu'elle souscrive à une assurance. Une assurance ouverte après 17h un vendredi? Bah voyons... Du coup elle va être obligée de payer billet avion, assurance, visas etc. sans l'assurance de se rendre en France. Elle est dégoutée et moi j'ai bien honte pour mon pays. Je suis de loin l'actualité française et ça fait peur entre les campements de Roms démantelés, les liens entre immigration et délinquance qui sont tirés par le gouvernement, l'activation du thème sécuritaire deux ans déjà avant les élections. C'est vraiment écoeurant.

 

Je pars demain, vendredi pour Bamako. Je voyage plus de 15 heures, encore youpi, et arrive à 5h du matin. Mon amie américaine Rebecca me rejoint à 9h du Ghana, par voie aérienne chanceuse! Bamako nous voià!

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Monica 22/11/2010 11:03


l'Aventure


Monica 22/11/2010 11:02


Suis nigérienne, j'aimerais faire comme toi... M'envoler


Flo 28/08/2010 12:50


Ouaouhhh... quel suspens ! Mieux qu'une série TV, isn't it ? Merci et bravo pour ces beaux articles, si bien rédigés. Nous t'embrassons tous bien fort, Flo


Cléo 21/08/2010 17:25


C'est quoi une carte CEDEO ??


Frizi 20/08/2010 16:48


Wow ! J'adore lire tout ca !! ... googlemap ist immer offen, damit ich genau sehen kann wo du von wo wohin fährst ! :) Ich beobachte dich mein Mausi !!

Bonne route et profitez-en bien les filles !!