Mali merveilleux - 1er round: Bamako

Publié le par Marinchen

Bamako, Tombouctou, Djenné, Mopti… tant de villes maliennes qui semblant plus exotiques les unes que les autres. Elles évoquent des histoires merveilleuses, des explorations en tous genres, des chefs d’œuvre artistiques et culturels, des musiques entraînantes, des siècles d’Histoire. Depuis la France, j’avais pu découvrir certains visages du Mali, par le biais de ses chanteurs célèbres tout d’abord, Salif Keïta, Ali Farka Touré ou Rokia Traoré pour ne citer que quelques uns mais aussi par des discussions avec les Maliens travailleurs sans-papiers rencontrés durant l’hiver 2009 Porte des Lilas à Paris.

Bamako, Bamako. Une image me colle à l’esprit avant même d’avoir passé la frontière : elle est faite de touaregs enroulés dans leurs grands chechs, de groupes entiers habillés somptueusement accompagnant un couple fraîchement marié (« Le dimanche à Bamako, c’est le jour de mariage… »), de belles maisons et de leurs grandes cours intérieures où se rassemblent les familles à l’ombre de l’arbre du milieu. Bref de nombreux clichés. Et en même temps je suis toute disposée à me laisser surprendre par ce pays et par sa capitale.

Ouaga – Bamako. 18 heures de bus, des paysages à couper le souffle, couché de soleil et enfants jouant dans les lacs inclus. Je me régale de ce tout ce que je vois, je prends des photos mentalement. Ces déplacements interminables sont pour moi des moments tout à fait particuliers dans un voyage. Ils permettent de nouer des liens avec des gens qui n’ont rien à voir avec soi-même, Aboubacar le réceptionniste du bureau SONEF (la compagnie de bus) à Ouaga, Sibi le touareg malien qui a fait rire tout le bus, Omar le vieux qui a failli rater le départ pendant la pause pipi et qui a eu la chance qu’on l’attende parce que j’ai crié qu’il manquait (ce qui m’a valu d’être appelée sa femme par la suite), Aïda jeune nigérienne juriste qui voyageait pour voir sa sœur et ainsi de suite. Et puis ces heures et ces heures de bus laissent du temps pour réfléchir sur tout. Sur soi-même, sur le voyage, sur sa vie, sur ses envies, ses perspectives. Ca peut paraître bizarre d’attendre d’être assise 18 heures pour réfléchir à cela mais on se rend vite compte que le quotidien laisse peu de place pour se poser des questions.

rue-bamako.jpg

Donc revenons à nos moutons. Bamako. C’est immense ! Moi qui étais déjà impressionnée par la taille de Ouaga, je réalise que la capitale malienne est le niveau supérieur. La ville s’étend sur des kilomètres et des kilomètres, les rues sont immenses et remplies à craquer d’engins en tout genre : voitures, bus, sotrama (bus collectif en très très mauvais état mais tellement bon marché), taxis, motos, vélos. L’air est très pollué et dans certains endroits, il m’a semblé même difficile de respirer correctement. Bamako est partagée par le fleuve Niger et les deux parties de la ville sont reliées par trois ponts. Le troisième pont, justement construit par les Chinois à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance du Mali devrait ouvrir prochainement à la circulation. Le centre-ville se situe sur la rive Nord du fleuve, et c’est aussi de ce côté-ci qu’on  trouve la plupart des ministères, l’aéroport, le musée national, le stade.  De l’autre côté s’étendent de nouveaux quartiers, mais aussi les gares routières, et de plus en plus de sièges d’organisations.

A Bamako je retrouve Charlotte, une amie du master de Paris 1 qui fait son stage à l’OIM depuis Mai dernier. Quelques heures après mon arrivée, c’est au tour de Rebecca d’entrer au Mali. Elle arrive du Ghana par avion. Rebecca et moi nous sommes rencontrées au Rwanda, nous travaillions ensemble pour New Dawn Associates et nous n’avons jamais perdu contact depuis. Ayant réalisé un stage au Liberia cet été, nous avions convenu d’un « rendez-vous à Bamako » en Août. Voilà chose faite !

rebecca + marine

Nous passons les deux premiers jours à découvrir Bamako. Le marché des artisans et le grand marché où les ruelles débordent de produits en tous genres nous happent au rythme du cri des commerçants, des quasis harcèlements moraux des vendeurs d’artisanat, des odeurs alléchantes d’un côté puis répugnantes de l’autre. Moi je me plaignais du désordre du grand marché de Niamey, jamais plus désormais je n’émettrai la moindre critique. Il faut s’armer de patience et de bonne humeur pour ressortir de ce marché en un morceau. Charlotte s’amuse de voir nous voir nos faces de toubabous (Blanc en Bambara, langue malienne) perdues dans ce chaos organisé. Elle me dit en riant « Tu sais le grand marché, il faut y aller un jour où tu t’es levée en forme psychologiquement sinon tu pètes un plomb direct ! » Nous découvrons aussi les petites pâtisseries du centre, croissants et café au menu. Nous allons boire des bières et manger des alokos (frites de banane plantain, un vrai régal) au Bafing, un bar-restaurant très sympathique dans le quartier du fleuve.

Le dimanche, Rebecca et moi décidons d’aller visiter le musée de la ville. Le musée est vraiment très bien fait et agréable à visite. Il est constitué de trois expositions principales, plus une salle d’exposition temporaire et d’un grand jardin. Nous visiterons d’abord la magnifique salle des textiles où l’on peut apprendre plein de choses passionnantes sur le bazin (tissu typique de la sous-région révélant selon la quantité et le travail la richesse du propriétaire), sur le filage du coton, sur les motifs décoratifs et les symboles qui les accompagnent. Ensuite nous découvrons les trésors archéologiques du Mali, les explications sur la région du pays Dogon et des grottes creusées dans les montages où les gens ont cultivé au cours des siècles un sens artistique poussé. La dernière salle est consacrée aux masques et aux statues maliennes. Pensant que c’était une sorte d’art qui me touchait peu, je me prépare à faire rapidement le tour. Je me retrouve face à des objets magnifiques chargés de sens et de symbolique complexe. Les masques et statues ont l’air de parler au public, tant ils respirent la peur, la joie, la colère, la tristesse parfois, évoquant la maternité, l’esprit de communauté, le couple, la vengeance. Beaucoup de ces objets ont une fonction dans le cadre des rites d’initiation, très répandus dans la région il y a encore peu de temps. Les rites d’initiation sont comme leur nom l’indique des passages au cours desquels des jeunes hommes et femmes (de manière séparée et différente selon la société) avancent vers leur condition d’adulte. De nombreuses études anthropologiques et historiques ont dues êtres entreprises sur ce sujet mais il est intéressant de réaliser la place centrale qu’y occupent ces masques mystérieux.

Un dernier coin du musée attire mon attention : c’est une maquette très jolie de la mosquée de Djenné (Nord-Est de Bamako). Non seulement cette mosquée est très belle, mais c’est aussi la construction en terre la plus imposante au monde. Edifiée en 1906/1907, elle est très connue au Mali et des touristes du monde entier se pressent pour la voir. L’Islam a été diffusé au Soudan Occidental (Ancien nom du Mali) entre les IIème et le VIIIème siècle, par le biais des commerçants venant d’Afrique du Nord. Il semble que la classe dirigeante de l’époque avait intérêt à donner à sa cour une image islamisée pour plaire à ses partenaires et clients d’Afrique du Nord. Entre les XIIIème et XVIème siècles, on vit apparaître au Soudan occidental une véritable classe d’érudits d’origine locale. Ces savants impressionnaient à l’époque les voyageurs de passage par leurs hautes connaissances. Ainsi  l’Islam s’est diffusé comme une religion africaine et non une religion de blanc, imposée de l’extérieur.

vue bamakoAprès le musée, nous partons à l’aventure pour monter sur la colline qui domine Bamako au Nord. On l’appelle curieusement la colline du Point G. On essaye de nous faire monter dans un taxi, de nous dire que c’est bien trop loin à pied. Têtues nous partons et après à peine 30 minutes de marche nous nous retrouvons face à la ville depuis les hauteurs. Tout semble si calme et si loin, c’est apaisant. La pleine nature à 30 minutes de marche de Bamako. L’endroit où nous sommes surplombe le stade Modibo Keïta, su nom du premier président malien.

Charlotte nous a expliqué que les soirs de match, les Maliens qui n’ont pas de ticket viennent ici avec des bières pour suivre le jeu d’en haut.

 

Nous sommes hébergées par Charlotte qui habite en collocation avec une jeune Malienne (chose rare !) nommée Awa qui est très sympa et essaye d’apprendre l’anglais avec Rebecca. Le soir, nous rentrons crevées, après avoir bien mangé, après même une chouette soirée reggae avec pleins de Maliens mais aussi de jeunes expatriés vivant à Bamako. Les nuits sont plus fraîches qu’à Niamey grâce à la pluie et sous la moustiquaire attachée au dessus du matelas, nous rêvons de Bamako…

3 filles bamako

 

 

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KANE 30/05/2011 10:09


Yep -_- merci pour tous ces récit sur bamako ma ville natale :) ça me donne envie d'y retourner ...


YAYE 15/02/2011 13:09


Ca fait vraiment plaisir de lire ces mots chaleureux et tellement vrais sur Bamako (ma ville natale qui me manque beaucoup).
Merci pour ce témoignage


Georges 07/09/2010 14:39


Nous sommes passionnés par tes récits.Mais en ce qui concerne
l'Islam,il faudra revoir tes dates:Mahomet a vécu aux environs de
l'an 600.Alors le deuxième siècle pour l'Islam???
Bon courage


N'DIAYE 03/09/2010 01:00


toubabou ce n'est pas du bambara
c'est une déformation de toubib, transformation du mot arabe toubib qui veut dire "celui qui sait" d'où son utilisation en France et ailleurs pour dire docteur
en bambara, l'homme blanc se dit farajè (contraire de farafin = personne noire) ou mojojè: ça c'est vraiment du bambara dè !


Marinchen 03/09/2010 10:22



Oups pardon pour ces erreurs!


Merci d'avoir rectifié, heureusement que certains sont vigilents deh ! :)