Droits des femmes et Niger: équation impossible?

Publié le par Marinchen

En arrivant au Niger, pays sahélien par excellence, une jeune étudiante baignée de principes féministes comme moi peut s’attendre à de nombreux chocs quant à la condition des femmes dans ce pays. Selon ces principes ainsi que selon de nombreuses idées reçues sur l’Islam et sur l’Afrique, le Niger, où la religion structure fortement le pays (98% de musulmans) et qui reste l’un des plus pauvres du monde ne représentait pas l’endroit d’émancipation féminine rêvé. Arrivée il y a trois mois au Niger et habitant à la capitale, j’ai eu de passionnantes discussions avec de nombreux Nigériens sur la conception du couple, de la femme, de l’émancipation. J’ai découvert des pratiques ou des modes de pensée que je ne connaissais pas et qui ne répondaient pas forcément aux clichés véhiculés en dehors de l’Afrique sur le sujet. Ma perception de la chose est extrêmement réduite : elle se limite à Niamey la capitale alors même que le Niger est un pays majoritairement rural, et elle n’est en rien représentative de la situation des femmes dans le pays.

 

Quand on se penche sur les chiffres, on prend rapidement peur : l’espérance de vie des Nigériennes ne dépasse pas 46 ans tandis que leur taux d’analphabétisme s’élève à 92%. Selon une ONG spécialisée, 48% seraient victimes de mariages forcés relativement jeunes et nombreuses seraient les jeunes filles à devenir mères avant 15 ans. A cela il faut ajouter la pratique de la polygamie dans la société nigérienne, cela n’étant pas forcément, c’est le moins qu’on puisse dire, un gage d’émancipation féminine ! Marie-Christine Barrault, comédienne dans la célèbre pièce « Les Monologues du Vagin » a participé à une mission menée au Niger par la FIDH. De ses rencontres avec des femmes issues de différentes couches sociales ressort un constat dur comme pierre : « Un chien ici a plus de droits qu’une femme au Niger ».

 

Pour ma part je n’ai pas eu la chance de rencontrer des associations de défense des droits des femmes mais j’ai eu à partager de nombreuses discussions animées avec de jeunes Nigériens et Français, avec des couples mixtes sur les droits des femmes et sur la conception de l’émancipation. Ici au Niger, l’homme doit subvenir à tous les besoins de sa (ses) femme(s). C’est son devoir en tant que mari. Si la femme travaille et reçoit un salaire (il s’agit, là encore d’une frange très réduite de la population), alors elle peut disposer entièrement de cet argent. Beaucoup de femmes utilisent donc leur salaire pour acheter des produits de beauté et pour s’habiller. Le mari est donc censé prendre en charge le logement, la nourriture, l’éducation des enfants etc. En contrepartie la femme est censée s’occuper des enfants et préparer de temps à autres le repas (beaucoup de gens à Niamey ayant une personne qui travaille pour eux à la maison pour un salaire, soit dit en passant, plus que dérisoire). Certains jeunes Nigériens m’ont avoué être pesés par le fait que leurs copines attendent toujours d’être prises en charge de A à Z mais d’autres considèrent le fait que la femme cuisine toujours pour son mari comme la normalité absolue. Certains couples ont une répartition des tâches plus flexible, et le salaire de la femme sert aussi au foyer quand la situation est un peu tendue financièrement. Pour se marier au Niger, il faut récolter un bon paquet d’argent, pour la dot (celle-ci a été fixée récemment à un maximum de 200.000 CFA soit 300 €), pour la fête et puis pour l’installation du couple. Et puis il semble que pour beaucoup de Nigériennes, la priorité soit de s’affranchir de la misère économique et que l’important soit avant tout de se mettre à l’abri de la pauvreté en faisant un « bon mariage ». Il faut avoir un sacré caractère pour tenir tête à la pression sociale et aux vœux de la famille. Bien sûr certaines le font et arrivent à mener leur vie comme elles l’entendent. D’autres sont reconnues professionnellement et occupent des postes importants, de ministre, dans les administrations, dans la société civile…mais elles sont loin d’être majoritaires.

 

Discussion dans le taxi, un soir de Juin. Le taximan engage la conversation et me demande si je suis mariée (drôle d’accroche pour une discussion me direz-vous mais ici c’est fréquent !). Il m’apprend qu’il a 4 femmes et plus d’une quinzaine de bambins. Gloups…ça commence bien. Il m’explique ensuite que le Coran permet à un homme, voir même exige de celui-ci qu’il prenne plusieurs femmes s’il est en mesure de subvenir à leurs besoins. Du coup lui en a pris le maximum (pas plus de quatre parce qu’après, c’est péché) et les loge à différents endroits. Un soir chez l’une, un soir chez l’autre etc. sinon elles seraient jalouses me dit-il en riant. Le fils du taximan qui est assis à côté de lui a surement remarqué ma gêne face à ces paroles qui pour moi dégoulinent de machisme conscient ou inconscient. Il me dit comme pour s’excuser « Moi je ne veux qu’une seule femme ! ». Plus tard un ami m’exposera sa version : le prophète aurait dit qu’un homme pouvait avoir plusieurs femmes s’il était en mesure de leur prouver son amour à toutes exactement de la même manière. Mission impossible soyons clairs. Donc en pratique aucun homme ne pourrait avoir plusieurs femmes. Enfin au final on sait que l’interprétation des textes sacrés dans le sens qui arrange le concerné ne date pas d’aujourd’hui.

 

J’ai le sentiment que la pratique de la polygamie au Niger est largement en déclin, tout du moins dans la capitale : il y a des couples de la génération précédente qui l’avaient déjà refusé et ma génération (20/30 ans) la rejette de plus en plus à son tour. Bien sûr on entend encore parler de mariages forcés, même dans les classes éduqués et aisées, de pression sociale forte mais il me semble qu’aujourd’hui les jeunes Nigériens et les jeunes Nigériennes sont mieux armés pour résister à des pratiques qui ne collent plus avec leur mode de vie et leurs envies. Mais la route sera longue et pleine d’obstacles…

 

http://osezlefeminisme.fr/article/droits-des-femmes-et-niger-equation-impossible

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Georges 24/09/2010 16:16


En France,ce serait trop onéreux d'avoir plusieurs femmes!!tout au moins de mon
temps car maintenant que les femmes travaillent toutes, c'est à elles de choisir si
elles veulent plusieurs maris!!Comme les jeunes ne se marient plus, la question
se résoud différemment!!Ton article est intéressant car il montre bien l'évolution
qui est en train de se réaliser même dans des sociétés traditionnelles.


Lamine 23/09/2010 11:47


Salut Marine,j'aime bien ton article sur les femmes au Niger quoique je trouve qu'il fait un peu "cliché".J'apprécie aussi tes photos du Mali,surtout là où tu es entrain d'escalader.Mais dis je te
connaissais pas une passion pour l'escalade?M'enfin,on pourra toujours refaire la photo de l'escalade en remontant jusqu'au 11ème étage de El Nasser,lol.Lamine.