Prendre ses marques à Niamey

Publié le par Marinchen

Voilà 10 jours que je suis ici. Comme d’habitude, j’ai le sentiment d’être à la fois à peine arrivée et partie de Paris depuis une éternité. Je commence doucement mais surement à prendre mes marques à Niamey. Pourtant l’adaptation prend du temps ici : la chaleur ralentit tellement l’envie de sortir et de découvrir. C’est donc à petits pas que je me familiarise avec ce nouvel environnement.

La maison représente un vrai cocon, un endroit où je me sens plutôt bien. La vie en collocation se passe vraiment bien : mes collocs ont pris l’habitude de cuisiner ensemble, de s’appeler mutuellement pour organiser des sorties, de prévoir des choses en groupe, de regarder un film ou des sketchs avant d’aller dormir. Bref une vraie collocation ! Du coup ils me briefent sur le Niger et les habitudes à prendre (ou à ne pas prendre !). Hier, journée de la femme au Niger, les garçons se sont mis aux fourneaux et nous ont préparé un festin : entrée de crudités avec du guacamole, riz gras aux légumes avec poisson grillée, jus de mangue glacé. J’ai un vrai lit que j’ai déplacé pile sous le ventilo et j’arrive à peu près à dormir et depuis hier même à rêver ! Le samedi c’est le jour du grand ménage et de la lessive. Le dimanche c’est repos. Tous les soirs le jardin est arrosé, chacun donne à manger au chat quand il le sent. Le rythme est bien établi.

Elodie ma colloc travaille pour une radio locale ici, et est volontaire internationale envoyée par la Cimade. Ce week-end elle est partie dans le Nord du Niger à Agadez pour rencontrer des gens et enquêter sur la situation des migrants. Elle nous a raconté la situation à son retour et c’est assez catastrophique. Le Niger est en train de devenir un réel pays de transit par lequel des milliers de migrants passent pour traverser le Sahara. Agadez est une plaque tournante pour ces derniers depuis laquelle ils peuvent atteindre Tamanrasset en Algérie ou la Lybie plus à l’Est. Beaucoup viennent du Nigéria, d’autres du Ghana, du Cameroun, du Gabon…peu de Nigériens ont les moyens d’émigrer. Pour ces migrants transsahariens la route est semée d’embûches et les rackets en cours sont omniprésents, souvent d’ailleurs organisés par les policiers ou les militaires. Les migrants ont de l’argent c’est bien connu. Il semble que des ONG locales et des groupes de défense des droits humains commencent à se mobiliser pour faire évoluer la situation mais elle est catastrophique sur bien des points. En tous cas c’est passionnant d’échanger sur ce thème avec Elodie qui connaît bien le pays et les enjeux.

Je me déplace en taxi : ce sont des voitures blanches et rouges qui font office de taxis collectifs. Tu lances ta direction au Taxi et il te dit son prix. La course peut prendre 10 mn ou 30 mn selon le trafic, l’endroit où les autres personnes seront déposées et puis…l’état de la voiture ! A l’intérieur il fait toujours chaud, les fenêtres ouvertes permettent de se laisser caresser le visage par le vent, lui aussi chaud. C’est dans les taxis qu’on fait le plus de rencontres. J’ai déjà trois numéros dans le portable et une carte sim dans la poche ! Les gens discutent, échangent, partagent même un petit quelque chose à manger, rigolent. Un taximan a rigolé pendant tout le trajet quand je lui ai parlé de mon sujet de recherche. Une française qui cherche des chinois au Niger, apparemment c’est comique !

J’ai encore beaucoup de mal à faire fonctionner mon sens de l’orientation. Je reconnais les endroits, je les situe même parfois sur une carte mais je n’arrive jamais à les mettre en lien. Comme les taxis passent toujours par des routes différentes (plus ou moins grandes d’ailleurs !) je n’arrive pas à appréhender la ville dans sa globalité. D’autant plus que je ne me déplace pas à pied (il fait trop chaud, ce n’est pas par flemme !). Je pense que ça viendra mais pour l’instant c’est un peu déroutant.

Je découvre des endroits sympathiques : la piscine olympique dont la terrasse donne sur le grand et beau fleuve Niger, des maquis plus ou moins grands où on trouve parfois des plats inattendus (hamburgers locaux, galette libanaise…), le centre culturel français où sont organisés divers concerts, manifestations culturelles etc., les maisons d’amis de mes collocs où on trouve toujours une jolie terrasse en terre.

Les gens ici sont vraiment accueillants et font tout pour t’aider si tu as une question ou un problème. L’étranger est roi paraît-il. En tous cas je passe inaperçu dans la rue, les gens ne se retournent pas sur mon passage et ne m’appellent pas « blanche », ça me fait tout bizarre après le Rwanda ! Mais j’avoue que c’est très agréable de se fondre dans la masse comme tout le monde.

Je vais tous les jours au Lasdel, le centre de recherche. J’essaye d’avancer sur plusieurs points mais ce n’est pas toujours évident de savoir par quel côté attaquer la bête qui semble énorme ! Au commencement d’un mémoire on a toujours l’impression d’être face à une montagne gigantesque, mais au final on réussit bien à l’escalader. J’ai décidé grâce à divers échanges avec les gens sur place de commencer mes recherches sur le deuxième pont de Niamey qui est en voie de finition actuellement. Ce projet énorme en termes de coûts et de visibilité et hautement attendu et apprécié par la population nigérienne. Du coup on ne tarit pas d’éloges sur les bienfaits de la coopération sino-nigérienne et le travail des ouvriers chinois et nigériens en « parfaite harmonie ». D’autres articles ont pointé des abus dans les conditions de travail des ouvriers locaux. A suivre… Cet après-midi Salim (qui joue à merveille le guide !) et moi allons nous promener du côté du pont pour voir s’il est possible de discuter avec des gens. Je vais aussi essayer d’aller à l’université pour rencontrer des géographes et des urbanistes.

J’aurai encore bien des choses à raconter, sur la chaleur encore et toujours, sur les libanais de Niamey et leurs commerces florissants,  sur le mélange des gens dans la capitale mais j’en garde un peu pour la suite!

 

Commenter cet article

daniel 30/05/2010 14:55


bonjour,

je suis tombé sur votre blog par hasard. J'ai vécu de 6 ans à 18 ans à niamey et même appris quelques mots de germa et haousa sur place.

J'ai gardé un bon souvenir de mon long séjour.

A l'époque , le taxi coutait 100 francs CFA quel que soit le trajet.

Quand à penser que les libanais sur place ont des commerces florissants, je pense que c'est mal les connaitre. On n'est pas ni au sénégal ni au congo, voire en cote d'ivoire, pour dire qu'ils ont
des affaires qui marchent. Leur commerce se limite à quelques magasins de tissus, même si une nouvelle famille sur place s'est imposée dans le commerce alimentaire en rachetant le magasin score. Il
ne reste in fine que quelques familles installées de longue date qui essayent de s'en sortir.

Je parle, en connaissance de cause, car bien que oeuvrant dans le milieu universitaire en france, je n'ai pas oublié mes origines libanaises, et encore moins
l'image que certains se font de cette population, car derrière le flot de marchandises, le visuel apparent , il ya des réalités à assumer comme les crédits à rembourser, les ventes à
réaliser............

Je vous souhaite un excellent séjour.

Courtoises salutations


Phiphi 19/05/2010 03:00


les taxis, mon moyen de transport favorit!! Prends-bien toute la musique nigérienne que tu entends et juges bien, je suis bien curieux d'entendre ce qu'ils jouent pour faire exploser les enceintes
des minibus là-bas...
Merci pour la carte H-6, je l'ai lue aujourd'hui... A l'occasion d'un bon petit repas près de Trafalgar Square qui aurait été encore plus amusant avec ta bonne humeur...
Courage, Marinchen, et beaucoup de découvertes !!


Frizi 17/05/2010 23:02


Hey mein Liebes,
ich denke fest an dich und hoffe, es geht dir gut.... bleib weiterhin so stark und erlebe ein Abenteuer nach dem nächsten !!
Je te fais des gros bisous....


Nathoun 15/05/2010 00:00


Marine !
Je t'envoie un peu de grisaille et de fraîcheur de Bretagne!!! Si tu peux m'envoyer quelques degrés en retour, je prends!! J'y suis trois jours et je décolle lundi matin direction Quito !!!!
Ah ces Libanais! Ils sont forts! A Ouaga, c'est pareil, c'est eux qui ont le monopole des superettes à la pointe: les Marina Market !
Je t'embrasse fort !
Nathoun