Etre taximan à Niamey

Publié le par Marinchen

Pour se déplacer à Niamey plusieurs options s'offrent au voyageur selon les moyens et la motivation de ce dernier. Certains ont leur propre voiture (de la dodoch’ des plus vintage au 4x4 dernier cri) ou leur moto, beaucoup prennent le taxi, les plus courageux sont à pied ou à bicyclette. Moi, n’ayant ni assez d’argent pour acheter une moto (et ni l’envie de mourir !), ni assez de courage pour marcher beaucoup dans la chaleur, je suis devenue dépendante des petits taxis blancs et rouges qui sillonnent la capitale dans ses moindres coins et recoins.

Ici au Niger, et dans il me semble bon nombre de villes africaines, le système de transport public n’est pas ou peu développé et les gens se déplacent avec des transports collectifs. Ils portent des noms différents selon le pays et surtout ils fonctionnent selon des modes qui ne sont pas les mêmes selon qu’on se trouve au Niger, au Bénin, au Burkina, en capitale ou en brousse. A Niamey les taxis sont des voitures de cinq places peinturlurées en rouge et blanc afin qu’ils soient remarquables. On se poste sur le bord de la route et on attend qu’un taxi passe. Il faut dire l’endroit où l’on veut aller au taximan qui est censé connaître tous les coins de la capitale. Exemple pour aller chez une amie qui habite près d’un grand château d’eau (appelé n°8) et d’un arbre nommé le gao on dira « Château 8, Gao ». Pour aller chez moi, on dit « Poudrière, CEG 7 », c'est-à-dire le nom du quartier et puis le numéro de l’école élémentaire qui est à côté de la maison. Il réfléchit et selon les autres personnes qu’il transporte dans son taxi, il décide de t’emmener ou pas. Si c’est sur sa route, il hoche la tête et en avant tout, 200 francs la course. Sinon il proposera un trajet pour deux courses (400 francs) ou continuera son chemin.

Il me semble qu’il y a deux avantages énormes à utiliser les transports collectifs ici. Tout d’abord, le taximan ne passe jamais au même endroit selon les personnes qu’il transporte. Du coup c’est un formidable moyen d’apprendre à connaître la ville et de découvrir des endroits, passages, rues où le vent ne nous aurait pas forcément poussés. Ensuite c’est le lieu social par excellence. Parqués en pleine chaleur dans une petite voiture, la promiscuité invite les passagers à la discussion. On se salue : Fofo, Salam Aleikoum, Aleikoum salam, Matarango ? Matgaham ? Bani Samehe. Après on commence par parler du temps, cet aspect de la vie sociale devant être à peu près universel : « Et ma sœur comment te traite la chaleur ? », « Ah oui la pluie d’hier a fait du bien »… La suite dépend toujours de l’humeur des passagers, du taximan…j’ai discuté des chinois, de la dureté du quotidien, de la polygamie (si si, discussion mémorable qui vaudrait un article féministe !), de l’immigration, même de mon mari inventé pour qu’on me laisse tranquille un soir. En tous cas, j’ai pensé à plusieurs reprises qu’il y aurait à l’intérieur de ces petites voitures, matière à écrire des tonnes de roman ou même une thèse ! 

En discutant un peu avec les taximan j’ai essayé de m’informer sur leur travail. Beaucoup ne possèdent pas la voiture qu’ils conduisent. Celle-ci appartient à une personne qui travaille autre part et la met en sorte de « sous location ». Bien sûr certains ont leur propre taxi et ne doivent rien à personne. Pour les autres ils payent un forfait journalier au propriétaire, entre 6 et 8.000 CFA par jour (entre 9 et 12 euros). Le matin le taxi passe chercher son carburant à la station qui lui fait crédit jusqu’en début d’après-midi. Il fait ses courses toute la matinée, passe payer l’essence avec ce qu’il a récolté dans la matinée, puis il continue jusqu’au soir, pauses ou pas selon les envies et la nécessité. A la fin de la journée il faut payer le propriétaire et le reste est à lui. Ca ne représente pas grand-chose, 4.000 CFA (6 euros) dans les mauvais jours, peut-être plus de 10.000 (15 euros) dans les bons. En plus des marges quotidiennes, le propriétaire donne souvent une remise fixe, environ 20.000 CFA par mois au taximan.

Donc bon être taximan ce n’est pas évident, et encore moins quand il fait 45° dehors et que l’air qui passe par les fenêtres est chaud. Par contre investir dans un taxi peut être source de revenus conséquents : en un mois le propriétaire peut toucher jusqu’à 200.000 CFA (300 euros), ce qui excède largement les revenus tirés de la location d’une maison, même moyenne !

J’ai dernièrement réfléchi à investir dans une moto pour la revendre ensuite en partant mais je suis décidément trop jeune pour risquer ma vie sur la route ! Et puis ce serait si dommage de rater toutes les discussions à venir avec les taximan de Niamey. Je continuerai donc à attendre avec patience les taxis sous la chaleur ambiante en criant « Taximan, Nigelec siège ! »

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Magou 19/06/2010 16:43


Super article ! Hâte de te voir en juillet. Bisous bisous !


Frizi 14/06/2010 12:15


Wow............... bon courage ma petite jumelle !!! En tous cas j'adore lire tes "articles"............. ca change un peu mon quotidien allemand :)